"Boissise la Bertrand" terre des arts

Il est peut-être un peu fou de remonter au temps des cloîtres et des abbayes pour parler peinture en Seine et Marne et à Boissise même. Mais là où est la Foi, Érudition et Art sont proches et toute notre région en garde empreinte.
Champeaux au cœur du réseau cistercien dont Boissise dépendait, -qui lui aussi avait ses cloîtres- irradiait toute la vallée. Les moines penchés sur leurs enluminures étaient des précurseurs. Ils sont la preuve que cette terre, sise près de la Seine à deux pas d'une forêt âpre, profonde, mystérieuse était déjà un lieu avec ce que ce mot implique.
Il est des endroits où la Terre parle le plus fort, et s'il est difficile de nos jours de percevoir cette voix tellurique, peut être est-il bon de s'en souvenjr.
Le temps passe, les moines se dispersent mais vint Fontainebleau. D’abord rendez-vous de chasse sous Saint Louis, Charles V y construisit une bibliothèque. Le tout fut détruit par François 1er qui reconstruira une demeure royale où grands architectes et grands peintres se rencontreront. Le Primatice et Rosso en assureront la décoration. La Peinture italienne rencontre la Peinture Française; de ce brassage naîtra la première école de Fontainebleau. Clouet, Cousin, Caron.


François Clouet

Les Rois s'y succèdent, entourés d'une cour d'artistes. Louis XV chassant dans sa forêt de Fontainebleau, où se situe un petit village sans histoire, Barbizon, demandera à son peintre attitré, Oudry de lui peindre les grands paysages qu'il parcourait à cheval.
Mais laissons-là le Bien-Aimé et ses chasses, remontons dans le temps et soyons un peu chauvins.
Nous avons évoqué le Primatice de Bologne. Il sera vers 1559, le parrain d'un fils d'une Jehanne Garnier et d'un peintre nommé François Bassainton. Vient de naître toute une lignée de peintres:
Augustin Garnier gravera une partie de l'œuvre du dit Primatice, de Michel-Ange, du Caravage.
Antoine Garnier, peintre et graveur du Roi achètera en 1667 une maison à Boissise la Bertrand.
D’autres personnalités devaient le rejoindre et notre village devint le lieu de rencontre d'une intelligentia de l'époque.
- Simon Fournival, commis Général au Secrétariat des Trésoriers de France.
- Claude Le Rouge, secrétaire du Roi, héritier de la maison de son beau père,
- Claude Dufer de Villeneuve, famille alliée aux Dumée, peintre du Roi sous Henri IV et Louis XIII et qui possédaient des terres à Boissise, Nicole Dumée étant veuve d'un procureur fiscal à Boissise.
Un autre peintre aujourd'hui oublié, Ferdinand Elle (1612-1683), fils d'un portraitiste flamand, premier maître de Poussin, passa, dit-on un été à Boissise et séduit par la région se fixa à Orgenoy.
A la fin du XVII siècle, la Terre de Boissise, unie à la baronnie de Seine-Port, passe aux mains de Jean de la Chapelle, financier, politique, écrivain (il entrera à l'Académie au siège de Furetière) il s'entoure de grands bourgeois et de nobles de robe, dont beaucoup résident à Boissise.
- Jean Boron, greffier au Parlement, Nicolas Bongrand, officier du Roi, Nicolas de Fromont, Grand Audiencier de France, Charles Joubert, architecte à Paris.
Ce Charles Joubert protègera deux jeunes orphelins, fils d'un vigneron de Boissise, Charles et François Michault. Grâce à cette protection, ils deviendront l'un graveur et l'autre architecte, mais ils resteront attachés à Boissise où les deux filles de Charles sont enterrées.

Durant la Révolution, Boissise encore, abrite des peintres des artistes et des intellectuels.
- Clément Pierre Marillier, graveur habite Beaulieu.
- François Chalumeau, écrivain habite au Larrey. Il a décrit Boissise à cette époque dans un recueil intitulé "Ma chaumière"
Nous sommes maintenant fin du XIXe siècle. Venant de Baltimore, un amateur d’art, George Aloysius Lucas s’installe à Boissise. Il dotera l’église de la plus grande partie de ses tableaux dont une charité de de Becker, «les pélerins d’Emmaus» de Mathey, un polyptique bois de l’école italienne ligure du quattrocento.

La Charité de Jacob de Backer
La Charité
Maison de Georges Aloysius Lucas
Maison de Georges Aloysius Lucas
Les Pélerins d'Emmaus de Paul Mathey
Les Pélerins d'Emmaus

Ce monsieur Lucas, collectionneur reçoit chez lui, rue Lainé, nombre de peintres : Delpy, Boulanger, Damart, Wierz et comme il affectionne particulièrement l’école de Barbizon - école qui a bouleversé la façon d’appréhender le paysage - il n’est pas fou de penser que certains piliers de cette école soient venus poser leur chevalet sur les bords de notre Seine.
N'oublions pas, d'autre part, que depuis la construction du château de Fontainebleau la région « s’est construite ».
Grands ou petits châteaux ont été édifiés pour se rapprocher de la Royale Personne appartenant d’abord à des Nobles ou de gens de robe, grands militaires ou grands financiers. La Révolution passant ils ont changé de mains, mais les grands bourgeois, les nouveaux industriels, les politiques ont gardé le goût du beau et se sont entourés d’écrivains et d’artistes.

Vaux le Vicomte, Vaux le Pénil, Courances, Fleury, Nandy, Beaulieu, Saint Assise, autant de petits joyaux qui cernent notre Boissise. Gardant sa vie passée, secrète, notre village s'agrandira. Des parisiens y viendront fuir les bruits de la ville.
Ces dernières années Jean Paulhan y viendra s'éteindre; lui qui avait tant bourlingué, mourra auprès de la dame de sa vie Dominique Aury, écrivain elle aussi. Elle décédera à Boissise en 1999
Lucie Faure, femme de lettre, écrira ses derniers romans en son bureau face à la Seine dans l'Ermitage de Beaulieu, pendant que son mari, Edgar Faure servira la politique française non seulement avec intelligence mais avec verve et esprit, le tout dans un français si parfait que s'était merveille de l'écouter.

Des peintres, il y en a, à Boissise quelques uns encore dont Monica Fagan, qui alliant les brumes de Sheffield au soleil de la Brie, nous construit une oeuvre étrange et attachante.

Le Jeux de l'Oie (détail) de Monica Fagan
www.monicafagan.com

Il y a aussi Lydie Baldi dont l’imaginaire l’amène aux frontières de l’abstrait en utilisant toute les facettes d’une technique maîtrisée.
Pour conclure, mon souhait serait que les enfants de Boissise sachent qu’ils sont nés dans un village qui a un passé et une âme et que dans notre monde bouleversé, il en garde une étincelle au cœur.

Michèle Michaux

 
Quant à Michèle Michaux, passionnée par le dessin depuis son plus jeune âge, elle commence à peindre vers 18 ans.
De ses longues promenades dans le Paris de la fin des années 40, elle se découvre une passion pour les villes. Citadine jusqu'au plus profond de son âme, c'est pourtant à Boissise-la-Bertrand qu'elle passera tous ses week-ends jusqu'à l'âge de 18 ans dans la maison familiale acquise par ses parents en 1912.
Une vie dans la capitale bien remplie, Michèle Michaux fait partie de ceux qui ont la chance de vivre leur passion. C'est en 1980 qu'elle décide de venir s'installer à Boissise-la-Bertrand et d'y ouvrir son atelier.
De sa vie à Paris, elle garde une grande nostalgie et lorsqu'elle y retourne, c'est une plaie qui s'ouvre. Elle aime le théâtre, la littérature, la poésie, les mots lui procurent des émotions. Elle est également une amoureuse des couleurs, des éléments et des mouvements qui sont la source même de son inspiration. Elle alterne, elle passe des rouges ocres de la terre et du feu aux vagues bleues écumantes ou apaisées. La matière, les couleurs sont maîtrisées, chaque toile mène au rêve qu'elle soit de facture abstraite ou figurative.
Son talent, sa forte personnalité, sa gentillesse, sa disponibilité nous permettent quelque fois d'en abuser : notre écusson est sa création et toutes les affiches de nos manifestations sont ses œuvres d'art que nous exposons précieusement à la Mairie.

L'association des amis de Michèle Michaux a acquis en 1996 un Christ qui orne, parmi de multiples autres œuvres l'église de Boissise-la-Bertrand.

En 2003, Michèle Michaux a suivi sa famille partie s'installer dans l'Hérault.